Culture

Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 20:18

 

Depuis 2001, un festival élit chaque année un "mot nouveau", dans le but de moderniser notre langue face à l'inertie de l'Académie Française. Cette année, c'est l'insulte "phonard" qui a été retenue.

  

Qui n’a jamais fulminé quand, lors d’une discussion sérieuse, l’interlocuteur répond au téléphone ou pianote furieusement sur son portable pour répondre à un sms ? Les moins tolérants auront désormais une insulte à l’encontre de ces « addictomobiles » : « phonard ».

 

Festival-XYZ---Partie-1-Photo-8.jpg

 

Le terme, une insulte dirigée vers celles et ceux qui abusent de leur téléphone portable, entre chauffard  et c…ard, , a été élu samedi soir au Havre, lors de la soirée de clôture du « Festival XYZ », du mot et du son nouveau. Cet évènement est destiné à inscrire dans la langue française des mots, néologismes inventés, trafiqués, cuisinés, à renouveler et moderniser notre vocabulaire. En 2009, c’est « aimeuse » qui avait eu la préférence des votants. Comprendre : « aimant à la manière de Colette ». Une aimeuse, entière et exclusive, qui se serait sans doute offusquée de l’attitude d’un phonard. L’heureux élu succédait alors à « ordinosore » en 2006, ou encore  « désoiffer » (étancher sa soif par la consommation, sous-entendue, d’alcool) en 2004, et « humanicide » en 2003, une décision sans aucun doute inspirée par les attentats terroristes du 11 septembre. Parmi les propositions de mots nouveaux de l’année 2010, figuraient également « automagique » (quelque chose qui fonctionne « on ne sait comment »), « dormioter » (entre sommeiller, dormir et somnoler), « intermitteux » (alternant de courtes périodes salariées sous-payées à de longues périodes de chômage), diablement d’actualité, ou encore « submergeant » (en référence à un pays émergeant développé, susceptible de nous inonder, tel que la Chine, ou l’Inde). Entre autres « transpérer » (espérer si fort que l’on en transpire) et « maturescence » (la crise de la maturité, comparable à la crise de l’adolescence).

 

Paul Claudel : « Quatre vingt ans, c’est l’âge de la puberté académique »

 

A l’origine, une idée du sociologue Eric Donfu, qui a accueilli cette année les participants d’un malicieux « Bonjoir ! » (mot élu en 2008, savante mixture à connotation humoristique entre « bonjour » et « bonsoir »), dans une arrière salle du Bistrot. L’ambiance tamisée, à la fois vieillotte et chaleureuse, était le décor idéal. La salle s’est remplie sur le tard, mais aucune chaise n’est finalement restée vide. Les spectateurs observaient alors avec curiosité, et parfois même étonnement, ce qui se déroulait sur scène. Le vote, démocratique, s’est fait entre 22 mots, sélectionnés dans une liste de plus de 100. Entre les réunions de Paris et du Havre, une centaine de personnes ont coché le mot de leur choix. Phonard est arrivé en tête, mais avec une majorité timide : 14 voix seulement.

 

Festival-du-mot-nouveau---Le-Havre-57.jpgQuelques critiques à l’encontre de l’Académie Française, installée par Richelieu en 1635, et l’on comprend alors l’intérêt de l’initiative. L’institution en est (également) à la 9e édition de son dictionnaire… Et aujourd’hui « dans ses mots nouveaux, on trouve calculette ou auto-radio… C’est ça prendre 60 ans de recul entre les éditions », a ironisé le sociologue avant de citer Bernanos : « Quand je n’aurais plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai m’asseoir à l’académie », et Paul Claudel : « Quatre vingt ans, c’est l’âge de la puberté académique ». Le ton est donné.

 

Plusieurs jeunes talents ont collaboré pour cette édition. La première, Marine Biton-Chrysostome, chanteuse, musicienne et comédienne, a notamment rendu hommage à un écrivain inconnu, comme le veut la tradition du festival. Cette année, ce sont des extraits du livre de Pierre-Yves Bourdil, « Histoire du premier mot », qui ont été lus, entre deux airs d’accordéon.

 

Frédéric Bérat et Gustave Nadaud modernisés

 

Pour la suite du spectacle, c'est la compagnie « Une chanson dans ma mémoire »  qui a interprété un répertoire qui approche les 200 ans d’âge. Citons, entre autres, Pierre-Jean de Béranger, Frédéric Bérat ou encore Gustave Nadaud. Festival-du-mot-nouveau---Le-Havre-43.jpgOscillant entre comique et tragique, vieilleries et créations, les chansons, datant de l’entre deux empires, au XIXe siècle, ont été originalement modernisées, et intelligemment mises en scène par Camille Lamache. Un répertoire allant d’un entraînant « Pandore », interdit à l’époque par Napoléon III, à l’audacieux et hilarant « Combien je regrette mon bras si dodu » d’une grand-mère nostalgique, incarnée par la jeune Sandra Piquemal, ainsi qu’au doux « J’irais revoir ma Normandie » interprété par Kévin Mussard, guitare en mains. Sans oublier l’émouvant « Soldat de Marsala », interprété avec force par Audrey Le Boedec. Débordant d’énergie, les comédiens se sont efforcés d’attraper le regard d’un public pourtant non initié à l’art vivant, contournant tables et fauteuils, afin d’annoncer « les nouvelles de Paris », la ville au ciel gris, et d'encenser la vie excitante de la capitale. Un succès, semblerait-il. Même en terres normandes.Festival-du-mot-nouveau---Le-Havre-45.jpg

 

Cette 9e édition prépare le 10e anniversaire du festival. Le cru 2011, nous promet Eric Donfu, devrait marquer le passage vers une « nationalisation de l’événement », différents contacts étant pris avec plusieurs autres villes intéressées. Affaire à suivre...

 

Audrey Minart

Par Audrey - Publié dans : Culture
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 15:13
Par Audrey - Publié dans : Culture
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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 19:58


Soixante-dix éditeurs de Midi-Pyrénées exposaient lors du Salon du Livre « Vivons Livres ! » organisé à Toulouse le week-end du 14 et 15 novembre. Un petit échantillon des 130 structures éditoriales existantes dans la région. L'occasion pour elles de s’interroger sur leur statut de maison d’édition régionale.


Seules les régions Midi-Pyrénées, Aquitaine et Rhône-Alpes se sont investies massivement dans l’édition régionale, faisant face aux maisons parisiennes, encore prédominantes en la matière. La région Midi-Pyrénées est celle qui comprend le plus, en France, de librairies et d’éditeurs. Parmi toutes les maisons d’édition de la région, seules 9 affichent un chiffre d’affaire supérieur à 800 000 euros, comme les Editions Privat et les Editions Milan. On constate donc une présence massive de toutes petites maisons d’édition, peinant à se faire un nom. Il est en effet difficile pour celles-ci de dépasser leur condition régionale pour se vendre loin au nord de la Garonne. Comme l’explique Philippe Terrancle, directeur de Privat, il est plus aisé de vendre un ouvrage sur Luchon dans la ville concernée, plutôt qu’à Paris, ou dans le reste de la France. La doyenne des maisons toulousaines, qui vient de fêter en 2009 ses 170 ans, fait partie de celles qui développent avec succès un catalogue généraliste, tout en restant ancrée dans le régional. Figurent au catalogue,aussi bien des ouvrages sur l’aérospatiale, l’armagnac, le rugby, les Pyrénées, que des livres sur l’histoire de la loi ou sur le génocide arménien, des ouvrages traitant de santé, ou encore, de nombreux « beaux livres » illustrés.

Un équilibre entre l'universel et le local

Selon Philippe Terrancle, la maison fondée par Edouard Privat en 1839 s’efforce de garder « un équilibre délicat à mettre en place entre l’universel et le local ». Il s’agit aujourd’hui d’un « nouveau régionalisme » qui, tout en traitant de thématiques régionales, étend néanmoins ses productions à des thèmes susceptibles d’intéresser n’importe quelle personne vivant à Brest, Paris, Marseille ou Dijon. Parfois, un sujet qui prend son essor dans le local se retrouve être une thématique abordée partout ailleurs, c'est le cas pour les nombreux ouvrages consacrés à Jean Jaurès publiés chez Privat.

"Editeur régionaliste" ou "éditeur en région"?


Cependant, toutes les entreprises d’édition ne peuvent pas encore se permettre d’adopter cette posture. Si les éditions Privat ont pour diffuseur la Sofedis, une des plus grandes sociétés de diffusion, la plupart des petits éditeurs éprouvent des difficultés à se faire connaître par d’éventuels acheteurs. En effet, trouver un diffuseur est tâche ardue pour une maison qui démarre, a fortiori si elle est régionale et axée sur le local. Ce fut le cas à ses débuts pour Jérôme Poitte, directeur des éditions Reg’art, un Parisien qui a déménagé à Albi au début des années 2000. Constatant l’absence d’ouvrage photographique évoquant sa nouvelle ville d’adoption, il s’attaqua à sa réalisation d’un livre évoquant la vie, le quotidien à Albi. Par nécessité, il a fini par s’adresser au directeur de la Poste locale, qui proposait à la vente quelques ouvrages sur la région. Son premier distributeur fut donc l’une des plus grandes entreprises publiques.

Depuis, cette petite maison d’édition édite quelques ouvrages en littérature pour enfants, mais aussi pour adultes, dispose d’une collection « Patrimoine et Territoires », pour l’aspect régional, mais aussi d’une collection « Eveil de la mémoire » où figurent divers reportages historiques, comme « La bataille de la Somme ». Tout comme Philippe Terrancle, Jérôme Poitte refuse d’être considéré comme étant un éditeur régionaliste, lui préférant un statut d’ « éditeur en région ».

Malgré les obstacles, ces petits éditeurs demeurent passionnés et attentifs à la qualité du contenu de leurs ouvrages. Qu’il s’agisse de sciences humaines, d’histoire, de littérature, de patrimoine régional, de poésie, de livres d’artistes, le lecteur ne pouvait que trouver son bonheur lors de cette édition 2009 du salon du Livre. S’il est vrai que le « régionalisme » a pris toute sa place, par exemple avec la maison d’édition occitane Letras d’Oc, de nombreux éditeurs préfèrent éviter ce terme, à connotation passéiste, pour se concentrer sur l’avenir : le livre numérique.

Audrey Minart

Paru le 17 novembre 2009 sur
www.univers-cites.fr
Par Audrey - Publié dans : Culture
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