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Contre vents et marées
journalistiques
Ce jour de septembre 2009, Yonnel Dervin ne l’oubliera jamais. A Troyes, dans les locaux de France Télécom, ce technicien a voulu mettre fin à ses jours en se plantant un couteau dans le ventre au beau milieu d’une réunion. Après « 30 ans de boîte », il était mis au placard.
Aujourd’hui, ce survivant accuse : « C’est un système de management qui a été mis en place pour supprimer des gens ». Il se rappelle de « ces regards, ces systèmes de flicage, réflexions, et parfois insultes. Vous posez les questions et n’avez jamais de réponses. Vous êtes dans un isolement complet, vous perdez même le sens de votre travail, vous oubliez les choses, et puis vous perdez confiance en vous ». Il dénonce la pression du chiffre : « Nous n’avons pas cette éducation-là. Nous on souhaite la satisfaction du client. C’est ça qui faisait la qualité de France Télécom ! Comment pouvez-vous être serein quand vous savez que vous allez mentir au client ? »
Son ancien manager ? « L’incompétence managériale dans toute sa splendeur ! Comment a-t-il osé me dire que j’avais atteint la limite de mes capacités ? De la part de quelqu’un qui ne connaît pas le métier ! ». Et c’est avec un ton menaçant qu’il ajoute : « Si jamais je le croise dans la rue… Vous feriez quoi vous ? Bah moi je le tue ».
Six mois plus tard, le quadragénaire est toujours en convalescence. Suivi par un psychiatre, un psychologue et trois infirmiers, il avale « 5 ou 6 cachets par jour » : anti-dépresseurs, anxiolytiques... Lourd. Surtout pour quelqu’un « qui n’a jamais eu d’ennuis de santé ». Chaque jour est un combat. « Vous essayez de discuter, aller sur Internet, faire du rangement, mais c’est une obligation… Sinon, là je m’allonge sur le canapé et je dors toute la journée ».
Concernant la nomination de Stéphane Richard à la tête du puissant groupe, il se montre optimiste : « Je l’ai rencontré, et ça a accroché ». Son geste aura eu au moins un mérite, celui de mettre le feu aux poudres : « Maintenant, les langues se délient ».
Audrey Minart
Ils m’ont détruit ! de Yonnel Dervin, avec Cyrille Louis. Ed. Michel Lafon, 232 p., 17,50€.