Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 15:55

Ce soir à 22h55 sur France 2, David Pujadas présente la quatrième enquête des Infiltrés, que France-Soir a pu visionner. Cette fois-ci, c’est l’organisation Dies Irae (en latin : jour de colère) fondée en 2008 par le militant du Front National Fabrice Sorlin, qui est visée.

« Vous êtes facho ? » demande un élève du cours Saint-Projet, avant de pointer du doigt un par un ses camarades : « Lui, c’est un facho. Lui c’est un facho ». Voici une des scènes que le journaliste Mathieu Maye* a rapporté de son infiltration dans une école privée hors contrat de la région bordelaise, où il s’est fait passer pour un surveillant. « Mon voyage de noces je le ferai à Auschwitz » continue le même élève. La classe entonne alors un chant vantant cet endroit « magique », où les « douches sont gratuites ». Dans cette école, le professeur d’Histoire réhabilite le maréchal Pétain et fait l’impasse sur l’Holocauste. « On en parle assez ailleurs ».

C’est une première infiltration de Mathieu Maye au sein du Front National à Bordeaux en 2005 qui a été l’élément déclencheur de ce reportage. A l’époque journaliste débutant, il a gardé ses rushes pour les présenter en 2008 à Rémi Lange*, journaliste aguerri de Capa, qui travaillait déjà depuis dix ans sur l’extrême droite. Fin 2008, Mathieu Maye infiltre alors l’Eglise Saint-Eloi, réputée traditionnaliste, et qui aurait un lien avec Dies Irae. Il fait la rencontre de militants déçus de la démocratie (« Tu veux voir Rambo IV, et on te sert Desperate Housewives »). Leur but ? « Déstabiliser le pouvoir » en formant leurs recrues avec parcours du combattant à l’allure militaire. « Je suis en croisade », confie l’un d’entre eux. « Quand on va saigner au couteau les musulmans, ça va pas être beau (…) Parce que eux ils violent et ils tuent ».

« La caméra cachée ne peut pas mentir »

Le reportage juxtapose scènes en caméra cachée et interviews face caméra, afin de montrer qu’il est impossible d’obtenir la vérité lorsque l’on procède selon les méthodes journalistiques classiques. Les journalistes tenaient à justifier l’approche des Infiltrés, très critiquée depuis que leurs confrères ont donné leurs sources pédophiles à la police.

Plusieurs familles ont porté plainte contre Mathieu Maye, Capa et France 2 pour incitation au crime. Selon eux, le journaliste aurait manipulé les élèves. Sur Internet, des sites d’extrême-droite ont publié une photographie du journaliste infiltré pour l’empêcher à nouveau « de nuire ». L’hebdomadaire Minute dans son édition du 21 avril, a accusé le jeune homme de ne pas être journaliste. « Faux » rétorque Rémi Lange, contacté par téléphone. « Ils détestent les représentants de la démocratie que nous sommes. Mais la caméra cachée ne peut pas mentir. Ce qu’on voit, c’est ce qu’ils sont ».

Audrey Minart

* Noms d’emprunt

 

Par Audrey - Publié dans : Société
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