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Contre vents et marées
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S’il est
déjà coutume de rendre hommage à la mère depuis l’Antiquité, en France c’est au XIXe siècle que Napoléon instaure durablement les festivités à l’ode de la natalité.
Le 25 mai 1941, alors que la France est sous l’occupation allemande, le Maréchal Pétain institue de manière définitive la "journée nationale des mères", dans le cadre plus général d’une politique nataliste. Fête qui sera inscrite neuf ans plus tard dans le marbre de la loi. Désormais, chaque dernier dimanche du mois de mai on célèbre la mère… Mais la fécondité davantage que la femme. Si le XXe siècle a vu naître la fête des mères, il a aussi connu mai 1968, l’autorisation de la contraception puis de l’avortement, les prémisses du congé paternité… Enfants turbulents qui ont définitivement remis en cause le rôle de la femme et de la mère dans la société, au point qu’il est difficile aujourd’hui de définir la « mère idéale » sans s’attirer les foudres des féministes. Et pourtant la question se pose : qu’est ce qu’être mère aujourd’hui ?
La mère parfaite : un mythe
Le dédoublement entre famille et travail est parfois vécu comme un écartèlement par les femmes, qui ne peuvent empêcher la culpabilité de les envahir. Une tendance que fustige Elisabeth Badinter dans son dernier ouvrage (1), véritable brûlot où la philosophe désigne l’écologie comme étant l’un des facteurs de recul du féminisme depuis une vingtaine d’années : « Devant tant de bouleversements et d'incertitudes, la tentation est forte de s'en remettre à notre bonne vieille Mère Nature et de fustiger les ambitions aberrantes de la génération précédente ». A tant vouloir être la mère parfaite, à tant vouloir faire de leur enfant un Roi, les femmes ne cessent de s’interroger : jusqu’à quand faut-il allaiter ? Doivent-elles revenir aux couches lavables ? Ne doivent-elles pas privilégier l’éducation de leur enfant aux responsabilités professionnelles ? En publiant cet ouvrage, l’auteur souhaitait définitivement rompre avec le mythe de la mère parfaite, en réfutant l’existence d’un instinct maternel dès la naissance de l’enfant. Une chimère, selon elle, qui se doit à l’idéalisation de la figure maternelle qui la remet à sa place ‘originelle’ : le foyer.
« Féminisme réactionnaire »
Une opinion qu’Eric Donfu (2), sociologue de la famille, interprète comme étant d’un « féminisme réactionnaire ». « En seulement trois générations, nous sommes passés d’une société patriarcale à une société féminisée, mais toujours sous domination de l’homme. Nous avons eu les pionnières, les mères ‘baby-boom’ de la fin des années 1940, puis les mères innovatrices à la fin des années 1960, pour qui il était possible d’être femme sans être mère ». Qu’en est-il en 2010 ? « Aujourd’hui ce qui fait le couple, c’est l’enfant. Il est vrai que certaines femmes cessent volontairement leur activité professionnelle pour passer du temps avec leur enfant. Mais attention ! La France est loin d’être la plus mal lotie parmi les pays européens, les femmes sont de plus en plus en activité ».
« Etre mère c’est très people, très tendance »
Il n’en reste pas moins que les françaises arrivent en tête des naissances dans la compétition européenne. « En France, faire un enfant est un symbole de réussite et d’accomplissement de soi : l’enfant est leur œuvre, il procure un sentiment de plaisir. Et je dirais même plus : être mère c’est très people, très tendance ».
Alors finalement, qu’est ce qu’une bonne mère ? « C’est une mère dont on peut se passer, répond catégoriquement le sociologue. D’abord il faut aimer, mais sans tout permettre. Donner des repères. Et tout cela, sans que la mère elle-même s’oublie. En effet, un enfant peut comprendre que sa mère travaille. Nous assistons depuis quelques temps à la privatisation de la vie au sein de la famille : chacun peut penser à lui, tout en étant avec les autres. C’est un grand acquis ».
Audrey Minart
• 1) « Le conflit, la femme et la mère », Editions Flammarion
• 2) « Les jolies filles de mai », Editions Jacob Duvernet