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Depuis son retour à Paris, un vrai mystère continue d'entourer la jeune universitaire. Que sait-elle ? Qui est-elle ? A l'Elysée, dimanche, son flegme a une fois de plus étonné.
Mais qui est Clotilde Reiss ? Une jeune étudiante victime involontaire d’un conflit politique qui la dépasse, comme l’affirment certains, ou bien un agent des services des renseignement français, comme le prétendent d’autres ? Après avoir consacré ses études à l’apprentissage de la langue et de la culture persanes, et une fois son diplôme de Sciences-Po en poche, la jeune femme de 24 ans s’était rendue en Iran, en février 2009, pour y enseigner le français à l’université d’Ispahan, la "ville des roses". Une trajectoire suivie sans écueil notable jusqu’au 1er juillet 2009. Ce jour-là, accusée par les autorités iraniennes d’espionnage au profit de la France, elle est arrêtée et jetée en prison.
« Elle présente le profil parfait de l'honorable correspondant »
« Clotilde Reiss n’a jamais travaillé pour la Direction générale des services extérieurs (DGSE). Ce n’est pas une source de la DGSE », assure le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint du ministère de la Défense. Une version corroborée par les Affaires étrangères : « Nous démentons formellement et catégoriquement les allégations selon lesquelles Clotilde Reiss aurait collecté des renseignements sur l’Iran au profit du gouvernement français, et a fortiori qu’elle aurait été employée par les services de renseignement », déclare ainsi Bernard Valéro, le porte-parole du Quai d’Orsay.
« Elle présente le profil parfait de l’interprète doté de bien d’autres talents, et donc de l'honorable correspondant” », estime pourtant, à l’abri de l’anonymat, un officier desdits services. « Elle a pris des photos et écrit un rapport qui, il est vrai, est arrivé aux mains d’un conseiller d’ambassade, explique-t-il. Le conseiller, c’est une couverture tellement classique pour les renseignements. Mais cela ne veut pas dire pour autant que Clotilde travaillait pour les services. » « Le seul type d’espionnage valable en Iran actuellement serait le nucléaire, mais nous en sommes loin dans cette affaire », considère le militaire.
« Je ne la vois pas du tout comme une espionne. Je me souviens d’elle comme d’une fille sérieuse, studieuse, introvertie, et pas fêtarde du tout. Vraiment pas le genre de la pasionaria qui s’apprête à lancer demain la révolution en Iran », témoigne Julia Van Aelst, une de ses camarades de classe de Sciences-Po. Pourtant, le profil de la jeune femme intrigue. Difficile de connaître ses amis, ses relations, ses passions. Son teint pâle, son visage paisible, son regard doux mais habité participent, eux aussi, au mystère qui plane autour du personnage. Et quelle étonnante maîtrise de soi à son âge… Tous les observateurs étaient impressionnés par le flegme qu’elle affichait lors du simulacre de procès organisé à son encontre, l’été dernier à Téhéran. Pourtant discrète, Clotilde Reiss ne passe néanmoins jamais inaperçue. Et il n’est pas étonnant que les services de sécurité iraniens se soient intéressés à elle dès son arrivée dans le pays. Avant son départ pour l’Iran n’avait-elle pas suivi un stage au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) où travaille son père…
« C’est une grande spécialiste de l’Iran, et sa famille est proche des milieux de la Défense », fait d’ailleurs remarquer Maurice Dufresse, ancien sous-directeur de la DGSE, pour lequel les activités de la "lectrice" française ne font aucun doute. Selon lui, « elle en était au stade de la “correspondante utile” ». « Pas encore une honorable correspondante. On est un espion professionnel quand on a reçu une formation adéquate et que l’on appartient à la DGSE. Ce qui n’est pas du tout son cas », ajoute l’officier de renseignement, aujourd’hui à la retraite.
Connaissait-il Clotilde Reiss avant de quitter ses fonctions, l’année dernière ? « Non, mais j’ai entendu parler d’elle par des amis que j’ai conservés à l’intérieur des services », affirme M. Dufresse aujourd’hui. Avant qu’elle ne soit arrêtée par la police iranienne ? « Oui, bien sûr. Son travail était apprécié. » Des déclarations qui suivent la publication d’un livre écrit sous le pseudonyme de Pierre Siramy (25 ans dans les services secrets, éd. Flammarion) et qui valent aujourd’hui à leur auteur d’être poursuivi pour "violation du secret professionnel et divulgation de l’identité de militaires et personnels civils protégés de la défense nationale". Plainte déposée le 22 avril dernier par le ministre de la Défense, Hervé Morin.
Mais pourquoi avoir fait ces déclarations qui, vraies ou fausses, pourraient nuire plus tard à la jeune femme ? D’ordinaire, la loi, chez les espions, c’est plutôt le silence… « Je n’aurais rien dit si elle était toujours en prison, assure Maurice Dufresse. Les risques maintenant se sont éloignés, et je crois qu’il est bon que les gens sachent qu’une jeune femme de 25 ans peut être utile à la défense nationale et que le gouvernement français ne laisse jamais tomber ses ressortissants », s’efforce d’argumenter le haut fonctionnaire. « Ces déclarations ne sont pas justifiables, réagit un ancien analyste des services. Celui qui les a faites a sans doute des comptes à régler avec son ancienne maison. » Il ajoute : « Il faut être prudent, Clotilde Reiss agent de renseignement, je n’y crois pas vraiment. Le danger, c’est que cette affaire risque de lui coller à la peau toute sa vie. »
Audrey Minart et Jean-Claude Galli
Paru dans France-Soir, édition du 18 mai 2010.