Contre vents et marées
journalistiques
Depuis 2001, un festival élit chaque année un "mot nouveau", dans le but de moderniser notre langue face à l'inertie de l'Académie Française. Cette année, c'est l'insulte "phonard" qui a été retenue.
Qui n’a jamais fulminé quand, lors d’une discussion sérieuse, l’interlocuteur répond au téléphone ou pianote furieusement sur son portable pour répondre à un sms ? Les moins tolérants auront désormais une insulte à l’encontre de ces « addictomobiles » : « phonard ».

Le terme, une insulte dirigée vers celles et ceux qui abusent de leur téléphone portable, entre chauffard et c…ard, , a été élu samedi soir au Havre, lors de la soirée de clôture du « Festival XYZ », du mot et du son nouveau. Cet évènement est destiné à inscrire dans la langue française des mots, néologismes inventés, trafiqués, cuisinés, à renouveler et moderniser notre vocabulaire. En 2009, c’est « aimeuse » qui avait eu la préférence des votants. Comprendre : « aimant à la manière de Colette ». Une aimeuse, entière et exclusive, qui se serait sans doute offusquée de l’attitude d’un phonard. L’heureux élu succédait alors à « ordinosore » en 2006, ou encore « désoiffer » (étancher sa soif par la consommation, sous-entendue, d’alcool) en 2004, et « humanicide » en 2003, une décision sans aucun doute inspirée par les attentats terroristes du 11 septembre. Parmi les propositions de mots nouveaux de l’année 2010, figuraient également « automagique » (quelque chose qui fonctionne « on ne sait comment »), « dormioter » (entre sommeiller, dormir et somnoler), « intermitteux » (alternant de courtes périodes salariées sous-payées à de longues périodes de chômage), diablement d’actualité, ou encore « submergeant » (en référence à un pays émergeant développé, susceptible de nous inonder, tel que la Chine, ou l’Inde). Entre autres « transpérer » (espérer si fort que l’on en transpire) et « maturescence » (la crise de la maturité, comparable à la crise de l’adolescence).
Paul Claudel : « Quatre vingt ans, c’est l’âge de la puberté académique »
A l’origine, une idée du sociologue Eric Donfu, qui a accueilli cette année les participants d’un malicieux « Bonjoir ! » (mot élu en 2008, savante mixture à connotation humoristique entre « bonjour » et « bonsoir »), dans une arrière salle du Bistrot. L’ambiance tamisée, à la fois vieillotte et chaleureuse, était le décor idéal. La salle s’est remplie sur le tard, mais aucune chaise n’est finalement restée vide. Les spectateurs observaient alors avec curiosité, et parfois même étonnement, ce qui se déroulait sur scène. Le vote, démocratique, s’est fait entre 22 mots, sélectionnés dans une liste de plus de 100. Entre les réunions de Paris et du Havre, une centaine de personnes ont coché le mot de leur choix. Phonard est arrivé en tête, mais avec une majorité timide : 14 voix seulement.
Quelques
critiques à l’encontre de l’Académie Française, installée par Richelieu en 1635, et l’on comprend alors l’intérêt de l’initiative. L’institution en est (également) à la 9e édition
de son dictionnaire… Et aujourd’hui « dans ses mots nouveaux, on trouve calculette ou auto-radio… C’est ça prendre 60 ans de recul entre les éditions », a ironisé le sociologue
avant de citer Bernanos : « Quand je n’aurais plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai m’asseoir à l’académie », et Paul Claudel : « Quatre vingt ans,
c’est l’âge de la puberté académique ». Le ton est donné.
Plusieurs jeunes talents ont collaboré pour cette édition. La première, Marine Biton-Chrysostome, chanteuse, musicienne et comédienne, a notamment rendu hommage à un écrivain inconnu, comme le veut la tradition du festival. Cette année, ce sont des extraits du livre de Pierre-Yves Bourdil, « Histoire du premier mot », qui ont été lus, entre deux airs d’accordéon.
Frédéric Bérat et Gustave Nadaud modernisés
Pour la suite du spectacle, c'est la compagnie « Une chanson dans ma mémoire » qui a interprété un répertoire
qui approche les 200 ans d’âge. Citons, entre autres, Pierre-Jean de Béranger, Frédéric Bérat ou encore Gustave Nadaud.
Oscillant entre comique et tragique, vieilleries et
créations, les chansons, datant de l’entre deux empires, au XIXe siècle, ont été originalement modernisées, et intelligemment mises en scène par Camille Lamache. Un répertoire allant
d’un entraînant « Pandore », interdit à l’époque par Napoléon III, à l’audacieux et hilarant « Combien je regrette mon bras si dodu » d’une grand-mère nostalgique, incarnée
par la jeune Sandra Piquemal, ainsi qu’au doux « J’irais revoir ma Normandie » interprété par Kévin Mussard, guitare en mains. Sans oublier l’émouvant « Soldat de Marsala »,
interprété avec force par Audrey Le Boedec. Débordant d’énergie, les comédiens se sont efforcés d’attraper le regard d’un public pourtant non initié à l’art vivant, contournant tables et
fauteuils, afin d’annoncer « les nouvelles de Paris », la ville au ciel gris, et d'encenser la vie excitante de la capitale. Un succès, semblerait-il. Même en terres
normandes.
Cette 9e édition prépare le 10e anniversaire du festival. Le cru 2011, nous promet Eric Donfu, devrait marquer le passage vers une « nationalisation de l’événement », différents contacts étant pris avec plusieurs autres villes intéressées. Affaire à suivre...
Audrey Minart
Fait rare: le 11 bis rue de Birague, dans le Ive arrondissement de Paris, ouvrait ses portes hier, à l'occasion
des Journées du patrimoine. Le somptueux bâtiment de 2300m2, avec vue sur la place des Vosges, fait d'autant plus parler de lui depuis un an qu'il est squatté par le collectif défendant le
droit au logement, Jeudi Noir, en pleine débâcle juridique.
Mais l'on ignore plus souvent que le bâtiment est en partie classé monument historique. Construit au XVIIe siècle, il a vu naître la Marquise de Sévigné, et été habité, entre autres, par le géant de la machine à coudre: Paris Singer.
De nombreux visiteurs ont afflué dans la journée, intrigués par l'affiche placardée sur la porte d'entrée, et ont ainsi pu profiter d'une visite guidée de Camille Bidoche, spécialiste du Marais et menant actuellement des recherches sur le bâtiment. "Plusieurs voisins, ou habitants du coin, sont venus nous voir, explique Christophe, membre du collectif. Ils semblaient ravis de voir enfin les portes ouvertes. Elles étaient fermées depuis plus de 45 ans."
En effet, si Jeudi Noir a souhaité faire visiter le bâtiment, c'est autant pour raconter son histoire au fil des siècles que pour informer les visiteurs sur ce qui anime le collectif depuis quelques années. Et cette histoire-là commence en 1963, quand sa propriétaire actuelle, Mme C. une Française aujourd'hui âgée de 87 ans, le rachète sur un coup de cœur.
Ambitieuse, elle entreprend des travaux gargantuesques pour le rénover, avec pour objectif d'y installer un centre culturel. Jusqu'au jour où la tâche se révèle bien trop onéreuse pour en venir à bout. Les travaux s'arrêtent, faute de financements. Selon le collectif, preuves à l'appui, et contrairement à ce que soutiennent les avocats de la propriétaire, le bâtiment est laissé à l'abandon, inhabité depuis 1965. Plusieurs fois, entre 1994 et 2009, des squatteurs y pénètrent, systématiquement délogés par la police.
En octobre 2009, quelques membres de Jeudi Noir entrent dans les lieux. Plusieurs étudiants, jeunes actifs, n'ayant aucune autre possibilité de se loger, s'y installent. Quelques jours plus tard, la propriétaire porte plainte. L'affaire va jusqu'au tribunal en janvier, où le collectif se voit condamner pour occupation illégale et doit verser 25.000 euros d'amende pour chaque mois résidé après le jugement. Il fait appel.
"Il n'y a pas de préjudice, puisque ce n'était pas loué, et qu'il n'est pas louable, affirme Julien Bayou, membre fondateur du collectif. Nous, généralement, on accélère les travaux. LEs Bâtiments de France sont entrés grâce à nous." Mais en attendant, la quinzaine d'occupants concernés par la condamnation, sur la trentaine de "locataires", se retrouve aujourd'hui à la tête d'une dette de 200.000 euros.
Photo A.M.
Le collectif ne courbe pourtant pas l'échine, soutenu par quelques figures politiques, telles que Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d'Ile-de-France, et ragaillardi depuis jeudi par la proposition de médiation de la Cour d'appel de Paris, que Jeudi Noir a d'ores et déjà acceptée. "Nous savons très bien que nous ne sommes pas chez nous ici, reconnaît Christophe. Mais nous avons toujours dit que nous partirions dès que les travaux auront commencé."
Selon Julien Bayou, ceux-ci ne pourront de toute façon pas débuter avant au moins deux ans, le temps que les Bâtiments de France instruisent le dossier pour permettre la délivrance d'un permis de construire. Mme C., mise sous tutelle par ses neveux et nièces, a jusqu'au 27 septembre pour accepter ou non la médiation. En cas de refus, un jugement sera rendu le 22 octobre. Juste à temps pour que les occupants puissent bénéficier du répit de la trêve hivernale dans le cas où l'expulsion serait choisie.
Néanmoins, la propriétaire peut être rassurée. Parmi les occupants, six sont architectes de profession. Et Jeudi Noir veille au grain: le bâtiment doit rester dans en l'état. Il s'agit autant de permettre à quelques jeunes de se loger en attendant mieux, que de sensibiliser l'opinion à la pénurie de logements. Et pour ce faire, selon Julien Bayou, il faut "réhabiliter l'image" du squatteur. Que Mme C. dorme donc sur ses deux oreilles.
Audrey Minart
Les "édifices de caractère" font toujours rêver et le profil des acheteurs est en train de changer.
Authentique château", situé à 70 kilomètres de Paris. Terrain de 20 hectares, 30 chambres, piscine intérieure, tennis et... armoire frigorifique. En Normandie, le domaine de Brécourt est à vendre pour la modique somme de 4,2 millions d'euros. A ce prix, qui achète?
"Le profil type, explique Patrice Besse, agent immobilier pour Châteaux et Demeures de France, est un quinqua, doté d'une bonne situation, mais pas forcément exceptionnelle." Un tel luxe n'est donc pas réservé aux milliardaires... "Un château à 30 millions d'euros, ça n'existe pas! assène cet expert. Parfois, mes concurrents mettent à prix des biens à 35 millions. Mais ils doivent revoir leurs prétentions pour parvenir à les céder."
L'engouement pour ces "édifices de caractère" n'est pas récent. En revanche, la clientèle change : "Les nouveaux acquéreurs gardent leur propriété moins longtemps, constate Patrice Besse. Certains l'achètent comme s'il s'agissait d'une voiture de sport."
Rassemblement familial
Pour Catherine, "c'était une question d'amour de l'Histoire et des pierres". "Quand j'ai rencontré mon mari, explique cette quinquagénaire, il me disait que, quand il serait vieux, il posséderait un château fort." Fille d'historien, devenue médecin, elle s'est finalement prise au jeu en 2002. "Parfois je me dis qu'on est fous. Les travaux coûtent une fortune... Mais c'est un projet familial."
Pour Eric, 48 ans, c'est aussi "une affaire très personnelle". "Je n'avais pas pu reprendre la propriété de mon père à son décès, raconte cet ingénieur, père de six enfants. Je souhaitais donc recréer un lieu de rassemblement familial." En novembre 2009, il a trouvé son bonheur pour 700.000 euros : un manoir du XVe siècle, situé en Maine-et-Loire.
Audrey Minart
Parkings, studios, manoirs… Chaque année, près d’un millier de biens sont vendus « à la bougie ».
"Dernier feu… Eteint. Adjugé !" Chaque mardi, à la chambre des notaires de Paris, place du Châtelet, se déroule une scène peu commune. Dans une salle de plus en plus souvent comble, où se mêlent particuliers et investisseurs, des biens immobiliers sont vendus aux enchères. Ce jour-là, un 2-pièces de 51 m2 dans le XVIe arrondissement est mis à prix 335 000 €. « 335 000… 340 000 au fond ! 345 000 ici ! » L’appartement partira finalement à 435 000 €.
Ici, point de marteau. Les ventes notariales s’effectuent selon un rite ancien dit « à la bougie ». Lorsque plus personne ne surenchérit, le notaire qui préside la séance demande qu’une mèche soit allumée, un « premier feu » qui, aussitôt éteint, une poignée de secondes plus tard, est remplacé par un deuxième. C’est quand le troisième et « dernier feu » meurt, sans nouvelle surenchère, que le bien est adjugé.
Les bonnes affaires se font rares : en règle générale, les transactions s’effectuent au prix du marché. Le procédé séduit néanmoins les vendeurs soucieux de transparence, comme les collectivités, puisque seul le prix à payer départage les prétendants. En outre, la transaction est rapide. Elle est définitive dès l’adjudication, sans délai de rétractation. D’où la nécessité pour les acquéreurs potentiels de prendre leurs précautions et de prévoir à l’avance le financement. Ils ne disposeront que de quarante-cinq jours pour payer leur dû. Afin d’éviter les imbroglios, un protocole s’impose avant la séance : dépôt d’un chèque de consignation égal à 10% de la mise à prix et signature d’une « autorisation d’enchérir ». Si les ventes sont ouvertes à tous, seuls ceux qui ont accompli ces démarches sont autorisés à lever la main. Près d’un millier de biens s’échangent ainsi chaque année – parkings, duplex, et même manoirs… Ce mardi, celui de Daubeuf, près de Deauville, 697m2 de surface habitable, a trouvé preneur pour la bagatelle de 2 510 000 €. ●
Audrey Minart
La remise en question de la nocivité du tabagisme passif, faite hier dans les colonnes du Parisien par l’éminent pneumologue et président de l’Institut Necker, le professeur Philippe Even, a provoqué un tollé. Réactions.
Professeur Bertrand Dautzenberg : “C’est de la provoc”
Pour le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l’Office français de prévention du tabac, que France-Soir a contacté : « C’est de la provoc, comme d’habitude ! Et ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime ainsi. Le professeur Even est un esprit indépendant, libre. Il a fait ça par plaisir intellectuel, le plaisir de dire le contraire de tout le monde. Par exemple quand il dit que le tabagisme passif n’est pas mauvais pour les femmes enceintes, alors que les statistiques démontrent le contraire. » Le professeur Dautzenberg est catégorique : « Les effets nocifs du tabagisme passif sur la santé sont prouvés. » Une opinion que confirme le ministère de la Santé : « La nocivité du tabagisme passif n’est plus à démontrer. Depuis de nombreuses années, il est établi qu’il est responsable en particulier de cancers, d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux. » S’appuyant sur ses propres travaux, le pneumologue avance le chiffre de 2.300 morts du tabagisme passif par an. « Il est vrai que par rapport aux 60.000 victimes du tabagisme actif, 2.300 ça paraît peu. Mais ce n’est pas rien non plus ! Et puis après c’est un choix de société : les gens sont plus heureux depuis qu’on ne peut plus fumer dans les bars et les discothèques. Ce décret a réduit la pollution dans les boîtes de nuit de 80 %, et depuis, les jeunes ont beaucoup moins de problèmes de santé. »
Professeur Jean-Jacques Hosselet : “Des propos absurdes”
Révolté par les déclarations du président de l’Institut Necker, le professeur Jean-Jacques Hosselet, ancien chef de clinique des Hôpitaux de Paris, n’a pas hésité à dénoncer « l’ego surdimensionné » et « l’absurdité des propos » du professeur Even. « Pouvez-vous m’expliquer comment la fumée de cigarette inhalée par les fumeurs peut être moins nocive que celle que respirent quotidiennement leurs proches ? Il y a 9.391 publications de médecins sur le tabagisme passif. La majorité a démontré l’action de la fumée de tabac sur des personnes qui ne fumaient pas, mais dont les proches sont fumeurs. Il n’y a pas que des cancers, il y a les maladies cardio-vasculaires, l’asthme, la stérilité, la mort subite du nourrisson… » Le professeur Hosselet explique en outre qu’il
reçoit en consultation de nombreuses patientes ayant des problèmes de santé, parce que leur mari a fumé pendant des années. « Il y aurait même un lien entre le cancer du sein chez les femmes et le tabagisme passif.» Quand on lui demande pourquoi, selon lui, le professeur Even a attendu la Journée mondiale contre le tabac pour s’exprimer, sa réponse est immédiate : « Il se fait mousser. »
Claude Evin : “Un point de vue individuel”
Du côté des politiques, la une du Parisien fait aussi grincer des dents… Pour Claude Evin, à l’origine de la loi du même nom de 1991, modifiée en 2006 par le décret interdisant de fumer dans les lieux publics, la position du professeur Even est « un point de vue individuel ». Si l’actuel directeur de l’agence régionale de santé d’Ile-de-France « refuse de polémiquer » arguant qu’il n’est pas médecin, il ne peut cacher sa surprise. « En 2006, je faisais partie de la mission parlementaire qui a donné lieu au décret. Cette mission a duré plusieurs mois, nous avons auditionné un grand nombre d’experts. Tous nous ont confirmé le lien qui existe entre le tabagisme passif et certains problèmes de santé tels que les cancers, les maladies cardio-vasculaires… Pourquoi le professeur Even n’a-t-il pas réagi à ce moment-là ? Et pourquoi pas depuis 1991 lorsque la loi a été votée ? ». A ce propos, le professeur, tout juste retraité, a précisé qu’il ne s’était pas exprimé avant car il était « fonctionnaire, doyen de la plus grande faculté de médecine de France » et qu’il était donc tenu au « devoir de réserve ». Une explication qui ne satisfait pas Claude Evin : « Depuis quand un médecin a un devoir de réserve sur une décision d’ordre scientifique ? » ■
Audrey Minart
Article en pdf - France Soir - 1er juin 2010